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Les cultures de plantes rituelles et l’artisanat de la palme blanche (novembre, 2007)

Article rédigé par Robert Castellana. Cette adresse courriel est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Les plantes font universellement l'objet d'emplois rituels d'une grande diversité. Les usages rituels des palmes occupent une position éminente dans le monde méditerranéen. Avec les encens et les parfums, ils font partie des cycles liturgiques majeurs des religions juive et chrétienne, ainsi que des traditions populaires de l’islam. Ces plantes tiennent notamment une place centrale dans la liturgie pascale -pour le monde chrétien catholique et orthodoxe- et au cours des offices suivant le Nouvel An -chez les Juifs.

Dans le calendrier juif, l'emploi des palmes prend place après les fêtes du Nouvel An, qui se tiennent au début de l'automne et demandent d'importants préparatifs. Ils consistent pour l’essentiel dans l’édification des “cabanes” de palmes, ainsi que dans la récolte de plantes soumises à de strictes exigences rituelles.

La cabane rituelle, qui a laissé son nom à la fête, doit être édifiée en plein air, balcon, jardin, cour ou terrasse, en souvenir d'un épisode de l'Histoire Biblique, l'Exode des Juifs hors d’Égypte. Le palmier entre aussi dans la confection des bouquets tressés traditionnels destinés aux prières et aux offices, avec des plantes qui font, comme lui, l'objet d'une culture spécifique. Il s'agit du cédrat -exclusivement cultivé franc de pied, du myrte -mis en culture sur brûlis afin d'obtenir des rejets trifoliés, et du saule -où là encore des caractéristiques botaniques rares sont recherchées.

Dans le calendrier chrétien, les cérémonies pascales commencent avec le Dies palmarum , aussi nommé Dimanche des Palmes ou des Rameaux. Cette fête a donné naissance à de riches traditions, où les plantes occupent une place centrale, notamment les palmes blanches, objet de compositions artisanales très élaborées qui accompagnent les processions religieuses de la Semaine Sainte.

Plusieurs régions méditerranéennes ont assuré, jusqu’à nos jours, la production de ces plantes rituelles. Elles constituent un très antique réseau d’échanges culturels et culturaux. Ces traditions révèlent aussi l'existence d'une antique botanique rituelle, dont les sources nous sont inconnues, carabsentes du texte biblique. Les cultivateurs font ainsi (à Bordighera) une distinction, dans la variété dactylifera , entre les palmes dites juives (ebraico) et celles nommées romaines (romana), en fonction donc de leurs usages religieux. Cette catégorisation, inconnue des experts rabbiniques comme des botanistes, repose sur des critères morphologiques : un port plus rigide, et l'extrémité des feuilles qui est plus courte et plus arrondie.

Il en va de même en ce qui concerne le cédrat, où les prescriptions rituelles sont encore plus complexes. Sa mise en culture est par ailleurs à l’origine de l’introduction des agrumes en Occident. Ces traditions ont aussi conduit à la diffusion de la palmiculture au-delà de son habitat originel, avec la création de deux palmeraies sur la rive nord de la Méditerranée, Elche (en Espagne) et Sanremo (en Italie). Ces deux sites demeurent de nos jours un conservatoire vivant de ces riches traditions interculturelles.

La cultura des palmes rituelles.

L'art du tressage des palmes est à l'origine un art religieux qui concerne plusieurs confessions :

- les Anglicans avec la croix traditionnelle du Palm-Sunday

- les Orthodoxes avec les croix gemmées

- les Coptes avec des pains en forme d’anneaux enrobés d’une croix tressée

- les Juifs avec les étuis en palmes tressées du bouquet rituel de Soukkhot

- et enfin et surtout les Catholiques, avec une grande richesse de formes, qui fait de l'art de la palme tressée un art authentique d'inspiration populaire et religieuse.

L’artisanat de la palme tressée demande une mise en culture spécifique des arbres qui repose sur la technique de la ligature :

Chaque année, les palmes sont ainsi liées en forme de bouquet. Elles prendront des teintes allant du blanc au jaune-doré, en passant par toute une gamme de verts tendres et de couleurs panachées alliant jaune citron et vert acide. On a recensé à ce jour trois régions qui pratiquent cette agriculture rituelle :

- en France, à Bastia, où subsiste une petite culture à usage local,

- en Italie, à Bordighera, où la production est passée d’une centaine de milliers de palmes à une dizaine de milliers de pièces,

- en Espagne, à Elche où l’activité se maintient avec plusieurs centaines de milliers de palmes rituelles.

Les techniques culturales italiennes.

Luciano Traverso est le dernier palmiste en activité dans la palmeraie ligure. Les bonnes années, il met en culture plus d'une centaine d'arbres. Il se souvient d'une époque récente, où une quinzaine de personnes pratiquaient ce métier, aujourd'hui en déshérence:

La culture des palmes se pratique au cours du mois de juillet, jusqu'à la Madeleine (le 22). Elle demande peu de matériel, une machette (puaira), deux cannes taillées en biseau, une grosse corde, de la ficelle et du fil de fer.

Il faut d'abord élaguer grossièrement l'arbre, afin de prendre pied sur son sommet. On rassemble alors les feuilles situées au centre de la plante, l'oeil (occhio) du palmier, en les entourant d'une corde passée autour de la taille et sur laquelle on pèse de tout son poids. Après avoir solidement attaché le bouquet à sa base au moyen d'un fil de fer, on procède à la 'ligature' proprement dite. Il suffit pour cela d'une simple ficelle qu'on noue autour du bouquet de feuilles et qu'on repousse ensuite vers le haut avec les cannes. L'opération est renouvelée une dizaine de fois ce qui donne à l'arbre ligaturé la forme d’une saucisse (salami). Afin de ne pas épuiser l'arbre, cette opération n’est renouvelée que tous les deux ans.

Les techniques culturales espagnoles.

Francisco Serrano est l’un des principaux producteurs de palmes blanches de la palmeraie espagnole d’Elche. Il produit chaque année plusieurs dizaines milliers de palmes.

Ici, les palmistes forment des brigades qui commencent à lier les palmiers de Noël jusqu’au mois de juin. Le palmerero grimpe au sommet de l’arbre, généralement à plus de 10 m de hauteur, avec sa machette et un rouleau de corde qui va lui servir à lier l’arbre. Arrivé au sommet, il coupe toutes les palmes, ne conservant que le bouquet central. Après avoir attaché la base du bouquet, il fait glisser la corde vers le haut à l’aide d’une canne terminée par une pointe métallique en forme de biseau. Il répète l’opération jusqu’à ce que le bouquet soit grossièrement formé. Un assistant lui fait alors parvenir les palmes d’élagage, qu’il va lier suivant la même méthode autour du bouquet. Au cours de l’été, il faudra à nouveau monter sur l’arbre, afin d’en recouvrir le sommet avec un capuchon de plastique noir. A cette époque les palmes sortent en effet par le haut de la plante.

Cette opération ne pourra se renouveler avant cinq ans, la loi l’interdisant afin d’éviter la mort du palmier, ce qui arrive toutefois régulièrement. On attribuait jusqu’à présent cette mortalité à l’emploi de capuchons en plastique, qui ont remplacé par commodité les capuchons traditionnels en palmes sèches. Les palmereros d’Elche ont d’ailleurs fait l’objet, ces dernières années, de virulentes critiques de la part des défenseurs de l’environnement. La polémique qui s’en est suivie, se fondait toutefois sur des critères écologiques et esthétiques très discutables.

Avantages respectifs des deux procédés.

Les différences de techniques culturales s’expliquent en fait par des choix visant à optimiser des facteurs contradictoires, la productivité et la qualité d’une part, la rareté des ressources de l’autre. Cette contradiction relève des caractéristiques botaniques spécifiques au palmier. Cet arbre répond en effet à un cycle annuel, qui donne naissance à un nombre de palmes extrêmement variable, allant de 8 à 40 pièces suivant les conditions d’irrigation et d’ensoleillement. L’essentiel de ces palmes est produit au cours du printemps.

Les italiens ont ainsi fait le choix de retarder la date de la ligature en fin de période de croissance. Ce choix présente un avantage certain, dans une tradition agricole soucieuse de l‘économie des ressources en sol et en eau. Il permet de plus une exploitation plus soutenue des arbres. Il a par contre pour inconvénient majeur, de réduire la productivité et la qualité de la récolte.

Les Espagnols ont choisi de privilégier la productivité et la qualité. Ils obtiennent ainsi deux à trois fois plus de palmes, dont la longueur peut atteindre jusqu’à plus 4 mètres contre 3 au maximum à Bordighera. En contre partie, ils doivent limiter leur exploitation à 5 ans au lieu de 2, pour éviter la mort des arbres.

La station Phoenix de l’INRA rejette à ce propos l’alternative qui opposerait une technique italienne plus écologique à une méthode espagnole plus productiviste. Selon Michel FERRY, il n’est pas vrai que «le liage mode Elche entraîne la perte systématique de dattiers. Quand les 5 ans sont respectés et que les palmiers ne sont pas trop vieux, cette perte a un caractère exceptionnel. Les défenseurs des palmiers (et non des agriculteurs et des traditions) de Elche ont attribué à tort la mort des palmiers à la production de palmes blanches, au milieu des années 90. La mortalité plus élevée dont on souffert les palmiers à cette époque a été principalement due à la sécheresse très forte qui a sévi durant 3-4 années consécutives.

Laisser deux ou trois palmes sur les palmiers liés ne présente aucun avantage écologique [ajoute-t-il]. Les agriculteurs de Elche comme F. PICO ont mal interprété nos conseils anciens et répétés (qui n'ont rien d'originaux) sur l'importance de ne couper qu'un minimum de palmes vertes. Nous proposons depuis longtemps de laisser sur les palmiers pratiquement toutes les palmes de la couronne extérieure et de la couronne moyenne. Cela permettrait pour les palmiers liés une reprise plus vigoureuse et permettrait donc de récolter plus souvent les palmes blanches. Nous avons montré il y a déjà quelques années, sur quelques dattiers de notre parcelle expérimentale, comment lier les palmiers en gardant un maximum de palmes. Mais, ici les agriculteurs et les techniciens perçoivent l'enlèvement des palmes comme une vraie taille (comme on taille un fruitier), alors qu'en fait il ne s'agit que d'un effeuillage.»

La station Phoenix attire aussi l’attention des cultivateurs sur l’importance de l’irrigation. Dans les palmeraies israéliennes, les agronomes obtiennent jusqu’à 50 palmes par arbre et par an, ce qui suppose l’emploi de près de 3000 litres d’eau par mois (en été), contre 500 à 1000 litres à Elche. L’avenir de la production de palmes blanches passerait donc à la fois par l’adoption de techniques plus respectueuses des caractéristiques culturales propres au palmier et par une meilleure gestion des ressources en eau, un sujet d’une grande actualité, en Espagne comme en Italie.

 

Les plantes font universellement l'objet d'emplois rituels d'une grande diversité. Les usages rituels des palmes occupent une position éminente dans le monde méditerranéen. Avec les encens et les parfums, ils font partie des cycles liturgiques majeurs des religions juive et chrétienne, ainsi que des traditions populaires de l’islam. Ces plantes tiennent notamment une place centrale dans la liturgie pascale -pour le monde chrétien catholique et orthodoxe- et au cours des offices suivant le Nouvel An -chez les Juifs.

Dans le calendrier juif, l'emploi des palmes prend place après les fêtes du Nouvel An, qui se tiennent au début de l'automne et demandent d'importants préparatifs. Ils consistent pour l’essentiel dans l’édification des “cabanes” de palmes, ainsi que dans la récolte de plantes soumises à de strictes exigences rituelles.

La cabane rituelle, qui a laissé son nom à la fête, doit être édifiée en plein air, balcon, jardin, cour ou terrasse, en souvenir d'un épisode de l'Histoire Biblique, l'Exode des Juifs hors d’Égypte. Le palmier entre aussi dans la confection des bouquets tressés traditionnels destinés aux prières et aux offices, avec des plantes qui font, comme lui, l'objet d'une culture spécifique. Il s'agit du cédrat -exclusivement cultivé franc de pied, du myrte -mis en culture sur brûlis afin d'obtenir des rejets trifoliés, et du saule -où là encore des caractéristiques botaniques rares sont recherchées.

Dans le calendrier chrétien, les cérémonies pascales commencent avec le Dies palmarum , aussi nommé Dimanche des Palmes ou des Rameaux. Cette fête a donné naissance à de riches traditions, où les plantes occupent une place centrale, notamment les palmes blanches, objet de compositions artisanales très élaborées qui accompagnent les processions religieuses de la Semaine Sainte.

Plusieurs régions méditerranéennes ont assuré, jusqu’à nos jours, la production de ces plantes rituelles. Elles constituent un très antique réseau d’échanges culturels et culturaux. Ces traditions révèlent aussi l'existence d'une antique botanique rituelle, dont les sources nous sont inconnues, carabsentes du texte biblique. Les cultivateurs font ainsi (à Bordighera) une distinction, dans la variété dactylifera , entre les palmes dites juives (ebraico) et celles nommées romaines (romana), en fonction donc de leurs usages religieux. Cette catégorisation, inconnue des experts rabbiniques comme des botanistes, repose sur des critères morphologiques : un port plus rigide, et l'extrémité des feuilles qui est plus courte et plus arrondie.

Il en va de même en ce qui concerne le cédrat, où les prescriptions rituelles sont encore plus complexes. Sa mise en culture est par ailleurs à l’origine de l’introduction des agrumes en Occident. Ces traditions ont aussi conduit à la diffusion de la palmiculture au-delà de son habitat originel, avec la création de deux palmeraies sur la rive nord de la Méditerranée, Elche (en Espagne) et Sanremo (en Italie). Ces deux sites demeurent de nos jours un conservatoire vivant de ces riches traditions interculturelles.

La cultura des palmes rituelles.

L'art du tressage des palmes est à l'origine un art religieux qui concerne plusieurs confessions :

- les Anglicans avec la croix traditionnelle du Palm-Sunday

- les Orthodoxes avec les croix gemmées

- les Coptes avec des pains en forme d’anneaux enrobés d’une croix tressée

- les Juifs avec les étuis en palmes tressées du bouquet rituel de Soukkhot

- et enfin et surtout les Catholiques, avec une grande richesse de formes, qui fait de l'art de la palme tressée un art authentique d'inspiration populaire et religieuse.

L’artisanat de la palme tressée demande une mise en culture spécifique des arbres qui repose sur la technique de la ligature :

Chaque année, les palmes sont ainsi liées en forme de bouquet. Elles prendront des teintes allant du blanc au jaune-doré, en passant par toute une gamme de verts tendres et de couleurs panachées alliant jaune citron et vert acide. On a recensé à ce jour trois régions qui pratiquent cette agriculture rituelle :

- en France, à Bastia, où subsiste une petite culture à usage local,

- en Italie, à Bordighera, où la production est passée d’une centaine de milliers de palmes à une dizaine de milliers de pièces,

- en Espagne, à Elche où l’activité se maintient avec plusieurs centaines de milliers de palmes rituelles.

Les techniques culturales italiennes.

Luciano Traverso est le dernier palmiste en activité dans la palmeraie ligure. Les bonnes années, il met en culture plus d'une centaine d'arbres. Il se souvient d'une époque récente, où une quinzaine de personnes pratiquaient ce métier, aujourd'hui en déshérence:

La culture des palmes se pratique au cours du mois de juillet, jusqu'à la Madeleine (le 22). Elle demande peu de matériel, une machette (puaira), deux cannes taillées en biseau, une grosse corde, de la ficelle et du fil de fer.

Il faut d'abord élaguer grossièrement l'arbre, afin de prendre pied sur son sommet. On rassemble alors les feuilles situées au centre de la plante, l'oeil (occhio) du palmier, en les entourant d'une corde passée autour de la taille et sur laquelle on pèse de tout son poids. Après avoir solidement attaché le bouquet à sa base au moyen d'un fil de fer, on procède à la 'ligature' proprement dite. Il suffit pour cela d'une simple ficelle qu'on noue autour du bouquet de feuilles et qu'on repousse ensuite vers le haut avec les cannes. L'opération est renouvelée une dizaine de fois ce qui donne à l'arbre ligaturé la forme d’une saucisse (salami). Afin de ne pas épuiser l'arbre, cette opération n’est renouvelée que tous les deux ans.

Les techniques culturales espagnoles.

Francisco Serrano est l’un des principaux producteurs de palmes blanches de la palmeraie espagnole d’Elche. Il produit chaque année plusieurs dizaines milliers de palmes.

Ici, les palmistes forment des brigades qui commencent à lier les palmiers de Noël jusqu’au mois de juin. Le palmerero grimpe au sommet de l’arbre, généralement à plus de 10 m de hauteur, avec sa machette et un rouleau de corde qui va lui servir à lier l’arbre. Arrivé au sommet, il coupe toutes les palmes, ne conservant que le bouquet central. Après avoir attaché la base du bouquet, il fait glisser la corde vers le haut à l’aide d’une canne terminée par une pointe métallique en forme de biseau. Il répète l’opération jusqu’à ce que le bouquet soit grossièrement formé. Un assistant lui fait alors parvenir les palmes d’élagage, qu’il va lier suivant la même méthode autour du bouquet. Au cours de l’été, il faudra à nouveau monter sur l’arbre, afin d’en recouvrir le sommet avec un capuchon de plastique noir. A cette époque les palmes sortent en effet par le haut de la plante.

Cette opération ne pourra se renouveler avant cinq ans, la loi l’interdisant afin d’éviter la mort du palmier, ce qui arrive toutefois régulièrement. On attribuait jusqu’à présent cette mortalité à l’emploi de capuchons en plastique, qui ont remplacé par commodité les capuchons traditionnels en palmes sèches. Les palmereros d’Elche ont d’ailleurs fait l’objet, ces dernières années, de virulentes critiques de la part des défenseurs de l’environnement. La polémique qui s’en est suivie, se fondait toutefois sur des critères écologiques et esthétiques très discutables.

Avantages respectifs des deux procédés.

Les différences de techniques culturales s’expliquent en fait par des choix visant à optimiser des facteurs contradictoires, la productivité et la qualité d’une part, la rareté des ressources de l’autre. Cette contradiction relève des caractéristiques botaniques spécifiques au palmier. Cet arbre répond en effet à un cycle annuel, qui donne naissance à un nombre de palmes extrêmement variable, allant de 8 à 40 pièces suivant les conditions d’irrigation et d’ensoleillement. L’essentiel de ces palmes est produit au cours du printemps.

Les italiens ont ainsi fait le choix de retarder la date de la ligature en fin de période de croissance. Ce choix présente un avantage certain, dans une tradition agricole soucieuse de l‘économie des ressources en sol et en eau. Il permet de plus une exploitation plus soutenue des arbres. Il a par contre pour inconvénient majeur, de réduire la productivité et la qualité de la récolte.

Les Espagnols ont choisi de privilégier la productivité et la qualité. Ils obtiennent ainsi deux à trois fois plus de palmes, dont la longueur peut atteindre jusqu’à plus 4 mètres contre 3 au maximum à Bordighera. En contre partie, ils doivent limiter leur exploitation à 5 ans au lieu de 2, pour éviter la mort des arbres.

La station Phoenix de l’INRA rejette à ce propos l’alternative qui opposerait une technique italienne plus écologique à une méthode espagnole plus productiviste. Selon Michel FERRY, il n’est pas vrai que «le liage mode Elche entraîne la perte systématique de dattiers. Quand les 5 ans sont respectés et que les palmiers ne sont pas trop vieux, cette perte a un caractère exceptionnel. Les défenseurs des palmiers (et non des agriculteurs et des traditions) de Elche ont attribué à tort la mort des palmiers à la production de palmes blanches, au milieu des années 90. La mortalité plus élevée dont on souffert les palmiers à cette époque a été principalement due à la sécheresse très forte qui a sévi durant 3-4 années consécutives.

Laisser deux ou trois palmes sur les palmiers liés ne présente aucun avantage écologique [ajoute-t-il]. Les agriculteurs de Elche comme F. PICO ont mal interprété nos conseils anciens et répétés (qui n'ont rien d'originaux) sur l'importance de ne couper qu'un minimum de palmes vertes. Nous proposons depuis longtemps de laisser sur les palmiers pratiquement toutes les palmes de la couronne extérieure et de la couronne moyenne. Cela permettrait pour les palmiers liés une reprise plus vigoureuse et permettrait donc de récolter plus souvent les palmes blanches. Nous avons montré il y a déjà quelques années, sur quelques dattiers de notre parcelle expérimentale, comment lier les palmiers en gardant un maximum de palmes. Mais, ici les agriculteurs et les techniciens perçoivent l'enlèvement des palmes comme une vraie taille (comme on taille un fruitier), alors qu'en fait il ne s'agit que d'un effeuillage.»

La station Phoenix attire aussi l’attention des cultivateurs sur l’importance de l’irrigation. Dans les palmeraies israéliennes, les agronomes obtiennent jusqu’à 50 palmes par arbre et par an, ce qui suppose l’emploi de près de 3000 litres d’eau par mois (en été), contre 500 à 1000 litres à Elche. L’avenir de la production de palmes blanches passerait donc à la fois par l’adoption de techniques plus respectueuses des caractéristiques culturales propres au palmier et par une meilleure gestion des ressources en eau, un sujet d’une grande actualité, en Espagne comme en Italie.